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Le Pinceau et la Plume - Fiat Nox




Fiat Nox

Le monde brûle, rongé par ses propres folies meurtrières. Il ne vit plus que pour la haine de ce qui vit et le côtoie. Quel espoir reste t-il à celui qui chaque jour voit le décor du théâtre se lézarder, pourrir, moisir, menacer de s’effondrer comme du carton humide ? Les horreurs entourent l’homme dans un songe ahurissant. Hélas un songe éveillé et dont la réalité vient odieusement frapper celui-ci chaque jour… Chaque jour… Inlassablement comme une promesse d’éternité, mille ans de souffrances, et après ?

Fiat Nox !

Et qu’elle emporte avec elle les hommes, les femmes, les enfants, les animaux, les roches, la mer, le ciel, la terre, qu’il ne reste rien. Que la vague noire vienne et qu’elle apporte à ce monde la paix terrible, glaciale et crainte. Que le voile tombe sur la scène de ce drame qui n’a que trop duré et qui dans un éternel pastiche shakespearien nous rejoue inlassablement la même symphonie de la déliquescence des cœurs et des âmes.

Fiat Nox !

Et qu’elle amène le silence dans la fureur hurlante de ce monde qui ne vit que pour détruire et trahir. La Nature est morte et avec elle ce qu’elle aurait pu faire. Mais hélas comme une mère ingrate, elle a enfanté sa propre destruction, son propre bourreau qui créa la haine avant d’inventer l’amour. Et qui, lorsqu’il découvrit les sentiments doux et paisibles de l’affection de la promise, en tira la Jalousie, la rancœur, la colère, l’envie, le regret, le remord, la honte… Et enfin la Douleur. Pourquoi dois je toujours en la voyant ressentir ce sentiment hideux qui me murmure sans cesse : « souviens toi, elle n’a pas toujours été à toi… ». Mon âme est damnée car j’ai renié tout ce qui prétendait mériter d’être vénéré, mon âme est seule car quand on m’interroge, je reste muet, quand je dois entendre, je suis sourd, quand on me montre, je suis aveugle.

Fiat Nox !

Et emporte avec lui le bruit des sanglots. Je ne le supporte plus. Hors de moi ! Les sourires des autres sont ils feints ? Pourquoi ont-ils ce bonheur que je n’ai pas ? Pourquoi me l’a-t-on volé ? Et pourtant je n’arrive pas à les haïr. Qui suis-je pour juger les autres ? Qui sont ils pour me juger ? Alors j’attends encore et regarde le flot s’écouler sous le pont, naître à l’horizon et disparaître au même endroit. Un flot éternel qui suit placidement, se fichant du mépris du monde et qui continue sa vie liquide. Et j’espère. J’espère qu’un jour ce flot cessera et prendra le temps, juste un instant, juste une seconde, de regarder les étoiles et de se demander : « Pourquoi fais je cela ? ».

Fiat nox... Et nox fuit.

Helset


Poème d'Helset - Mis en forme par Bydy
© Le Pinceau et la Plume - 1er avril 2009

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